Les loires qui grattent au grenier la nuit sont en fait des loirs, un rongeur hivernant inoffensif mais bruyant. Identification, législation et méthodes pour les éloigner sans les tuer. Voici, point par point, ce qu'il faut retenir et comment l'appliquer chez vous.
Loires ou loirs, de quel animal parle-t-on exactement ?
« Loires » est une graphie fautive mais très répandue dans les recherches : le mot correct est loir, au pluriel loirs. L'animal, de son nom scientifique Glis glis, mesure 15 à 20 cm pour 100 à 200 g, avec une queue touffue presque aussi longue que le corps. Son pelage est gris argenté, le ventre blanchâtre, et ses yeux sombres ne sont pas cerclés de noir.
On le confond souvent avec deux cousins de la même famille (les Gliridés) :
- le lérot, plus petit, reconnaissable à son masque noir autour des yeux ;
- le muscardin, minuscule (6 à 9 cm), au pelage doré et à la queue peu touffue.
Cette distinction n'est pas qu'esthétique : elle conditionne ce que vous avez le droit de faire, comme on le verra plus bas.
Pourquoi les loirs envahissent-ils greniers et combles ?
Le loir est actif de mai à septembre, puis hiberne d'octobre à mars-avril dans un terrier enterré entre 15 et 60 cm de profondeur. Les combles offrent exactement ce qu'il recherche l'été : une chaleur stable, un isolant confortable pour nicher et un accès facile aux fruits du jardin (pommes, poires, raisin, noisettes) dont il est très friand. La reproduction a lieu de mai à août, avec une seule portée annuelle de 5 à 7 petits : une fois installée, une famille de loirs peut rester tout l'été au même endroit.
Quels bruits et indices trahissent la présence d'un loir ?
Le loir produit des galops rapides et saccadés, des grattements, des bruits de mastication et des cris aigus ou des grognements, surtout entre minuit et 4 h du matin pendant la période de reproduction (juin à août). Ses déplacements sont plus légers qu'un rat mais nettement plus bruyants qu'une souris.
Autres indices fiables :
- des crottes cylindriques de 8 à 12 mm aux extrémités arrondies (plus grosses que celles d'une souris, plus petites que celles d'un rat) ;
- des fruits entamés au cœur et des emballages percés nettement, sans déchirure en zigzag ;
- des traces de rongement sur l'isolant, le bois ou les gaines électriques.
Attention à ne pas confondre avec une fouine : ce mustélidé, bien plus gros (40 à 60 cm), fait des galops lourds et laisse des crottes de 7 à 10 cm contenant des fragments d'os ou de poils. En cas de doute, observez d'abord avant d'agir.
Le loir est-il dangereux pour la maison ou pour la santé ?
Pour l'homme, le risque est quasi nul : le loir n'est pas agressif et ne mord que s'il se sent coincé. Le vrai problème est matériel. En rongeant l'isolant et surtout les câbles électriques, il peut créer un point de départ d'incendie si un fil dénudé touche de la laine de verre dégradée. Si vous découvrez une installation abîmée, mieux vaut la faire vérifier rapidement ; notre pas-à-pas pour brancher un interrupteur en sécurité vous aidera à comprendre les bases avant d'intervenir ou de faire appel à un électricien.
A-t-on le droit de piéger ou de tuer un loir ?
C'est le point le plus mal expliqué en ligne, et pourtant essentiel. Les trois espèces n'ont pas le même statut :
- le loir gris n'est pas protégé en France, mais il figure à l'annexe III de la Convention de Berne, qui encadre son exploitation sans l'interdire ;
- le lérot et le muscardin sont en revanche strictement protégés par l'arrêté du 23 avril 2007 : les tuer, les capturer ou détruire leur nid est interdit sur tout le territoire.
Résultat pratique : en cas de doute sur l'espèce, ne tentez rien de létal. Si vous posez des pièges, la pose doit faire l'objet d'une déclaration en mairie (arrêté du 29 janvier 2007), les pièges noyants sont interdits, et tout animal non ciblé capturé par erreur doit être relâché immédiatement. Dans tous les cas, la méthode non létale reste la plus simple, la plus légale et la plus éthique.
Comment éloigner les loirs sans les tuer ?
Plusieurs méthodes combinées donnent de meilleurs résultats qu'une seule :
- Capture vivante à la nasse : une cage à double entrée, appâtée avec un morceau de pomme, une noix ou des graines, posée le soir le long des murs ou près du nid. Vérifiez-la chaque matin et relâchez l'animal en lisière boisée, à plusieurs kilomètres du domicile, jamais en hiver (il mourrait de froid, désorienté hors de son terrier).
- Huiles essentielles (eucalyptus, laurier, encens, sauge, citronnelle) déposées sur des cotons dans les combles. Leur effet est réel mais court : l'odeur se dissipe en 48 à 72 h et demande un renouvellement tous les 2 à 3 jours, en alternant les essences pour éviter l'accoutumance. Attention si un chat vit sous le même toit : plusieurs de ces huiles (eucalyptus notamment) lui sont toxiques par inhalation ou léchage.
- Ultrasons : un appareil par pièce (le signal ne traverse pas les murs). À utiliser avec prudence : l'ANSES ne valide aucun appareil ultrasonique dans sa liste de biocides efficaces, et les rongeurs s'habituent souvent au bruit après une à deux semaines.
Comme pour d'autres nuisibles qui s'installent par les moindres fissures, la base reste la même : repérer et fermer méthodiquement les points d'entrée plutôt que de compter uniquement sur un répulsif.
Comment empêcher les loirs de revenir durablement ?
Le geste le plus efficace reste la prévention mécanique :
- bouchez toute ouverture de plus de 1 à 2 cm avec un grillage en inox à mailles fines (6 mm maximum, fil épais), jamais du grillage « poules » ni du plastique que le loir ronge facilement ;
- élaguez les branches qui touchent la toiture : elles servent de pont direct vers les combles ;
- retirez les tas de bois et les feuilles mortes collés contre les murs, qui offrent un abri de passage ;
- stockez fruits secs, graines et conserves dans des contenants hermétiques en verre ou métal, en montant, descendant ou rangeant systématiquement ce qui traîne en cuisine. Le réflexe est le même que pour protéger ses placards des charançons : un aliment accessible est une invitation.
Le meilleur moment pour réaliser ces travaux est le printemps, juste après le réveil des loirs (mars-mai), quand ils sont encore peu nombreux, ou en fin d'été avant l'hibernation. Évitez l'hiver : un individu scellé à l'intérieur pendant sa léthargie mourra sans pouvoir sortir.
Si l'infestation est installée depuis plusieurs mois ou touche plusieurs pièces, mieux vaut faire appel à un professionnel de la dératisation ou un éco-dératiseur plutôt que de multiplier les tentatives seul. Le devis varie fortement d'un chantier à l'autre selon plusieurs critères concrets : la surface des combles à traiter, le nombre de points d'entrée à obturer (un simple trou de ventilation coûte moins cher à sceller qu'une toiture entière à grillager), l'accessibilité de la charpente (une toiture plate ou un accès facile réduit le temps de main d'œuvre, une charpente complexe ou un comble difficile d'accès l'augmente), le déplacement du technicien selon la zone géographique, et le choix entre une simple intervention ponctuelle ou un contrat avec garantie et suivi sur plusieurs mois. C'est cette combinaison de facteurs, plus que le nombre d'animaux présents, qui explique les écarts de prix constatés d'un devis à l'autre ; demander systématiquement deux ou trois devis détaillés reste le meilleur moyen de comparer des prestations équivalentes.
Le loir reste un animal utile à l'écosystème (disséminateur de graines en forêt) et globalement inoffensif pour l'homme. Bien identifié, il se gère sans drame : patience, bouchage des accès et méthodes non létales suffisent dans l'immense majorité des cas.
Questions fréquentes
Le loir hiberne-t-il vraiment plusieurs mois d'affilée ?
Oui, de octobre à mars ou avril selon les régions, soit 6 à 7 mois, dans un terrier souterrain. Pendant cette période, il est totalement indétectable et ne réagit à aucun piège.
Quelle est la différence entre un loir et un lérot ?
Le loir est plus grand, au pelage gris uniforme sans masque facial. Le lérot, plus petit, porte un masque noir marqué autour des yeux et est strictement protégé par la loi, contrairement au loir gris.
Le loir mord-il l'homme ?
Très rarement. Il n'est pas agressif et fuit le contact ; il ne mord que s'il se sent piégé ou manipulé à mains nues. Évitez toujours de le toucher directement.
Peut-on garder un loir trouvé comme animal de compagnie ?
Non, c'est une mauvaise idée et souvent illégal selon l'espèce : c'est un animal sauvage, potentiellement porteur de parasites, au comportement nocturne bruyant. Mieux vaut le relâcher en milieu naturel ou contacter un centre de soins pour la faune sauvage en cas de blessure.
Les ultrasons et huiles essentielles suffisent-ils à eux seuls ?
Rarement sur la durée. Ces méthodes font fuir temporairement mais n'empêchent pas un nouveau passage si les points d'entrée restent ouverts. Elles doivent toujours être combinées avec le bouchage des accès et le nettoyage des abords de la maison.



